Jacques Martin, le créateur d'Alix, est mort

Publié le par Nicolas

Le dessinateur français de bandes dessinées s'est éteint hier en Suisse à l'âge de 88 ans. Ce dernier maître du style de la «ligne claire», passionné d'histoire, a fait fantasmer des générations de lecteurs avec les aventures antiques d'Alix et de son compagnon Enak.

 

Aujourd'hui, Alix est triste. Jacques Martin, son géniteur, n'est plus. Avec lui, c'est le dernier géant de la bande dessinée belge qui disparaît. Avec Hergé (Tintin) et Edgar.P Jacobs (Blake et Mortimer), Jacques Martin faisait partie des maîtres de ce style particulier, qualifié de «ligne claire» : dessin réaliste épuré, contours systématiques, trait noir précis, mise en couleurs sous forme d'aplats ; le tout au service d'une histoire extrêmement scénarisée.

Un des plus grands succès de la bande dessinée
Passionné de dessin et d'histoire dès son plus jeune âge, Jacques Martin s'est néanmoins orienté, sous la pression familiale, vers des études d'ingénieur. Il en gardera la rigueur et la justesse du trait. Il commence sa carrière dans la BD en 1946, à l'âge de 25 ans, en collaborant à diverses revues belges. Il y cherche son style, variant séries réalistes et séries humoristiques. En 1948, Jacques Martin conçoit le personnage d'Alix et le propose au «Journal de Tintin» qui l'accepte.

C'est l'un des plus grands succès de la bande dessinée qui commence. Pendant plus d'un demi-siècle des générations successives de lecteurs vont se passionner pour les aventures d'«Alix, l'intrépide». Les plus sensibles d'entre eux fantasmeront aussi beaucoup sur la relation qui unit leur héros à son jeune compagnon, Enak (ci-contre derrière Alix). Il est vrai qu'il y a de quoi. D'abord Alix est tout ce qu'on aime : il est jeune, beau, courageux, intrépide et protecteur. Forcément, on craque. Ensuite Enak est tout ce qu'on aime aussi : le cheveu noir, la peau mate, le corps sec et la fragilité. Forcément, on craque encore. Alors quand, en plus, ces deux-là ne se lâchent pas d'une semelle, nous on se lâche. On se dit qu'Alix et Enak, obligé, c'est beaucoup plus que des amis. Sinon, est-ce qu'ils se tiendraient par la main ? est-ce qu'ils dormiraient blottis l'un contre l'autre ? est-ce qu'ils chevaucheraient en tenue légère le même cheval ? est-ce qu'ils n'auraient pas de petites amies ?

«Un tandem tout à fait normal dans l'Antiquité»
Interrogé sur le sujet, Jacques Martin avait répondu : « (...) un couple ou un tandem comme Alix et Enak était tout à fait normal dans l'Antiquité, (même si) de nos jours cela peu paraître tendancieux. Néanmoins, je ne vais pas transformer l'Antiquité afin de calmer les ardeurs de pudibonderies de personnes qui ont du mal à se transposer dans une époque aussi lointaine.(...) Toutefois dans les images de mes albums, il n'y a aucune vignette provocatrice et rien n'indique qu'ils aient des rapports intimes. Mais, il est évident que je ne peux empêcher certain lecteur d'imaginer, d'affabuler ou même de fantasmer sur ces deux personnages car j'en conviens ils peuvent prêter à toutes sortes d'interprétation». «Couple», « normal dans l'Antiquité », l'affaire nous semble claire...

Atteint d'une affection oculaire, Jacques Martin avait cessé de réaliser lui-même les albums d'Alix depuis la fin des années 80. Souhaitant néanmoins que son héros continue de vivre des aventures, il en écrivait les synopsis, scénarisés et dessinés par d'autres, également très talentueux : Patrick Weber au scénario, Rafael Morales, Marc Henniquiau, Christophe Simon au dessin. Jacques Martin en aurait laissé plusieurs dizaines. Certaine catégorie de lecteurs n'a pas fini de fantasmer...

Publié dans Actu et Info Général

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