Le sport de haut niveau admet enfin l'homosexualité

Publié le par Nicolas

Pour Philippe Bilger, le fait que qu'on puisse s'affirmer homosexuel dans les milieux qui encensent le plus la virilité et la force est un signe des temps qui changent. Et c'est heureux.


Gareth Thomas, rugbyman britannique


Il y a parfois des envies de billet comme un suspens, une halte entre deux intensités, entre des dénonciations et des aigreurs. On est saisi à l’approche d’une nouvelle année par un désir de paix, une bonté qui viendrait faire consensus. C’est Le Parisien qui nous a annoncé que Gareth Thomas, âgé de 35 ans, « légende du rugby gallois aux 100 sélections », a dévoilé son homosexualité dans un entretien accordé au « Daily Mail ».

Il est le premier rugbyman de cette stature à adopter une telle démarche de vérité alors qu’en tennis, Martina Navratilova (formidable joueuse d’attaque) et Amélie Mauresmo l’avaient déjà mise en œuvre, de même que le plongeur Greg Louganis. Gareth Thomas, de manière très émouvante, a souligné comme longtemps il avait été contraint de pratiquer « un double jeu », se sentant obligé d’être encore plus « macho» que les autres sur le terrain. Cette difficulté d’être a failli le conduire au suicide. Il a caché longtemps ses orientations intimes – même si ses coéquipiers les devinaient et admiraient l’homme et le joueur – parce qu’il était persuadé qu’il n’aurait jamais été accepté en tant que gay et que sa carrière aurait été moins brillante. On devine à quel point un tel aveu a dû être malaisé, surtout dans ce milieu.

Rien ne semblait en effet plus contradictoire avec le sportif affiché,  la virilité proclamée et la rudesse du rugby que l’homosexuel tel que l’opinion publique se plaît souvent à le caricaturer. Faible, délicat et féminin dans un monde de force et de masculinité triomphante. Gareth Thomas l’a admis en reconnaissant qu’il a été « très difficile pour moi d’être le premier joueur de rugby international à briser le tabou ». J’ai trop contesté le rôle politique de l’homosexualité qui, par ses associations, réclame une égalité sur tous les plans pour ne pas rendre hommage au courage des homosexuels dont la dignité et l’humanité doivent être respectées. En gros, socialement je peux discuter certaines de leurs revendications mais en détail il me plaît de manifester à chacun la solidarité et l’estime que leur bataille dans un univers encore hostile, sans sympathie au moins ne peut que susciter. Gareth Thomas, en ce sens, est un héros du quotidien. Il devrait l’être pour tout le monde. Parce que son « coming out » a détruit des préjugés et dissous des fantasmes. Parce qu’il a montré que l’homosexualité n’est qu’une certaine manière d’aimer et de se sentir dans une communauté et un monde qui demeurent évidemment communs aux hétéros comme aux homos. Il y a des révélations inutiles parce qu’elles ne font du bien qu’au narcissisme.
Gareth Thomas, s’il a parlé de lui, nous a aussi parlé de nous. Peut-être le désir profond d’écrire ce billet m’est-il aussi venu d’une volonté d’éclaircissement personnel et de fraternité sincère avec certains de mes commentateurs qui, à force de me répondre, sont presque devenus des amis.

Publié dans Actu et Info Général

Commenter cet article